Agriculture et développement rural

La persistance des crises alimentaires dans les pays du Sud est venue souligner la nécessité d'accompagner le renforcement et la mutation du secteur agricole dans ces régions. L'AFD encourage l'introduction de technologies modernes et le développement de dispositifs institutionnels nouveaux - favorisant une plus grande structuration des filières, une meilleure coordination des acteurs, une sécurisation foncière - et des investissements.

À la une

Au secours de la sierra et de la selva

14/06/2017

Aider les agriculteurs des zones les plus reculées  du Pérou à faire face aux changements climatiques et leur permettre de continuer à vivre de leurs terres. C’est ce à quoi s’engage Agrobanco , la banque de développement péruvienne consacrée à l’agriculture, via une offre de financement très ambitieuse.

 

Changement climatique : le paradoxe péruvien

Au Pérou sévit un curieux paradoxe : l’agriculture et les agriculteurs sont à la fois très exposés aux changements climatiques – on ne présente plus el Niño, la Niña et leurs cortèges de destructions, mais ils y contribuent également fortement. On continue en effet à détruire la forêt pour gagner des surfaces cultivables : plus de 60 % des émissions de gaz à effet de serre sont dus à ce changement d’usage des sols.

Et, comme dans de nombreux pays, des pratiques agricoles intensives causent dégradations et appauvrissement des ressources. Mais alors, comment enrayer cette dynamique destructrice tout en apportant, en priorité, des solutions aux petits agriculteurs ?

« Dans la foulée de l’organisation de la COP 20 à  Lima, en 2014, l’intérêt et la mobilisation des Péruviens pour lutter contre les changements climatiques ont décuplé, explique Eleonore Pocry, chargée de projet à l’agence AFD dans la capitale péruvienne. Beaucoup ont réalisé que l’amélioration des pratiques agricoles était essentielle. »

 

 Un producteur de bananes dans la zone amazonienne du pays, la Selva. © Agrobanco

 

Agrobanco au secours de la sierra et de la selva

L’un des principaux acteurs du renouveau s'appelle Agrobanco . C'est la banque publique de développement du secteur agricole péruvien. Son offre de prêts se concentre sur les agriculteurs qui ont le plus de difficultés à accéder au crédit, dans les zones andines (la sierra) et amazoniennes (la selva). Les besoins de ces paysans sont immenses.

« Pour les aider, précise Céline Bernadat, chef de projet Institutions financières à l’AFD, Agrobanco propose des solutions financières compétitives mais pas seulement, car pour changer de modèle de production, les agriculteurs ont aussi besoin de conseils. La banque s'appuie alors sur des intermédiaires qui ont une formation d’ingénieurs et qui sont à-même de jouer un double rôle : monter le dossier de crédit et assister l’agriculteur dans le lancement de son projet. C’est une approche constructive et très innovante au Pérou. »

 

Banco verde

Depuis trois ans, Agrobanco connaît une très forte croissance. Elle a même vocation à devenir la banque d’un développement rural innovant et « climato-compatible ». En 2015, le plan Banco Verde , ou « banque verte », est adopté...  Mais, pour tenir le cap de ses ambitions, elle a besoin de soutien.

Fruit de la dynamique des COP et du dialogue bilatéral franco-péruvien sur les changements climatiques, la rencontre avec l’AFD se fait naturellement.  « Nous considérons que les aspects environnementaux sont clés pour notre activité, précise Carlos Ginocchio, le directeur général d’Agrobanco. Et nos objectifs et ceux de l’AFD sur la lutte contre le changement climatique sont alignés. »

Concrètement, ce prêt consiste à mettre à disposition d’Agrobanco une ligne de crédit de 50 millions d’euros. Le but ? Faire monter les projets verts de 10 à 25 % du total du portefeuille d’ici 2019. Les premiers prêts consentis concernent les investissements de petites exploitations de café, cacao, banane bio ou gingembre.  La plupart sont des prêts « long terme » (entre 3 et 8 ans), permettant l’implantation d'une culture pérenne, avec une période de grâce précédant l’arrivée des premières productions.
 

Aider plus ceux qui innovent plus

L’ambition du plan Banco Verde ne s’arrête pas là. Dans un second temps, et pour au moins 40 % de la ligne de crédit, de nouveaux projets innovants seront concernés : sylvopastoralisme, compost, production de biomasse, amélioration de l’irrigation...

La définition et l’affinage des critères est en cours grâce à l’appui d’une assistance technique, subventionnée à hauteur de 5 millions d’euros par la facilité d’investissement pour l’Amérique latine de l’Union européenne (LAIF) . « Il s’agit de poser des bases adaptées d’indicateurs et de système de gestion des risques afin de mettre en œuvre des investissements durables, précise Claude Torre. C’est une démarche prometteuse et structurante qui pourra être reproduite ailleurs ! » 
 



Avec les paysans de l’altiplano

14/06/2017

En Bolivie, la pauvreté est bien plus vive en milieu rural, et particulièrement dans l’altiplano, plaine inhospitalière bordant la frontière avec le Pérou. Face à un climat rude et à la pauvreté des sols, les paysans peinent à assurer leur subsistance. Une initiative pilotée par le Secours Catholique et financée par l’AFD donne aux petits producteurs les moyens de renouer avec la sécurité alimentaire.

L’altiplano bolivien est avec le plateau tibétain la plus haute région habitée du monde. C’est un milieu extrême. À environ 50 kilomètres de la ville de La Paz et à 4000 mètres d’altitude se trouve la petite communauté de Calamarca (« village en pierre »). Ici, la population vit depuis toujours ses terres, des terres confrontées à un climat rude et froid, à des conditions météorologiques changeantes où l’eau est une denrée rare.

Mais ces conditions déjà difficiles sont aggravées par les changements climatiques. Ici, ils sont bien réels. L’instabilité s’est accrue, bouleversant les régimes des pluies et apportant de longues périodes de sécheresse. Résultat ? La pérennité des pratiques agricoles traditionnelles et donc la sécurité alimentaire des habitants sont menacées. Face à la pauvreté grandissante, nombreux sont ceux qui fuient l’altiplano pour tenter leur chance ailleurs.


Diffuser des pratiques agricoles durables

Pour y remédier, le Secours Catholique pilote un programme de soutien aux petits producteurs de Calamarca et d’une communauté voisine, Colquencha. Il est soutenu financièrement par l’AFD et le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM) . Sur le terrain, c’est le CIPCA (Centro de investigación y promoción del campesinado) qui accompagne ces communautés.

Le programme mise sur une gestion durable des ressources naturelles et des pratiques agricoles. Une gestion durable qui intègre pleinement la nouvelle donne climatique... Encourager ces initiatives, c’est influer sur développement de l’économie paysanne et indigène et aussi limiter l’exode rural.

L’accompagnement de CIPCA s’est révélé déterminant : l’appui technique et l’apport en matériel ont déjà bénéficié à 150 familles. L’action de l’ONG a permis de développer l’élevage pour la production de lait, la production de légumes bio sous serre et d’installer un système d’irrigation plus résistant aux effets du changement climatique. Une pompe hydraulique solaire a aussi été installée.

« Grâce aux serres, nous avons pu diversifier nos productions en cultivant des plantes qui ne peuvent pas pousser en plein air sur l’altiplano, comme les tomates, les laitues ou les concombres, témoigne Severo Mamani, producteur et chef de la communauté de Caluyo, Calamarca. Et ça se retrouve dans nos assiettes : nous avons introduit de nouveaux aliments dans notre alimentation ! »


Le défi de la commercialisation

Ce soutien a également permis aux paysans de se structurer : « Nous avons créé l’association des producteurs agricoles de Calamarca, pour être plus forts ensemble sur le marché local et mieux protéger nos intérêts », poursuit Severo.

Plus loin, à 20 minutes de trajet en voiture, Colquencha : ici, les espoirs reposent sur un projet de laiterie, également soutenu par le CIPCA. Et comme à Calamarca, les résultats du programme sont tangibles : plus d’indépendance et de résilience face aux changements

« Nous produisons maintenant des dérivés du lait comme du fromage frais et des yaourts, explique Justina Mamani, membre de l’association des femmes productrices de produits laitiers AIMPROLEM. Cela nous permet, à nous producteurs, de mieux faire face aux évolutions du marché du lait et de vendre nos produits localement ! »

 

Plus de responsabilités pour les femmes

L’intégration des femmes et des jeunes dans l’économie paysanne locale est l'un des autres défis à relever. Le CIPCA a fait de la formation des femmes « leaders » une priorité sur le long terme. «  Nous ne devons pas nous contenter d’influer sur le secteur productif, explique  Gustavo Clavijo Leaño, directeur de CIPCA Altiplano. Nous voulons agir sur des questions socio-politiques. Les femmes par exemple jouent un rôle essentiel dans l’économie rurale. Elles sont appelées à être des agents du changement dans l’agriculture et la nutrition. »

Faire face. S’adapter. Et puis relever le défi… Pas à pas, le CIPCA plante quelques graines d’espoir et de changement sur les hauts plateaux. 
 



Surexploitation des ressources en eau souterraine: quelles solutions ?

16/04/2015

Les prélèvements sur les eaux souterraines ont été multipliés par trois en cinquante ans, conduisant à une surexploitation croissante de ces ressources communes : une « course au pompage » qui engendre d’importants impacts économiques, environnementaux et sociaux. L’analyse économique et les connaissances empiriques nous apprennent qu’il est pourtant possible de sortir de ce processus de « tragédie des communs ».

Document de travail n° 141 | L’information sur les prix agricoles par la téléphonie mobile : le cas du Ghana

12/12/2014

Dans beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne, les petits producteurs sont souvent confrontés au choix de vendre leurs produits à des commerçants itinérants plutôt que de se rendre eux-mêmes sur le marché. En raison de l’isolement de certains villages en zone rurale et de la mauvaise qualité du réseau routier, les producteurs ont généralement une connaissance très incertaine des prix du marché et les commerçants peuvent profiter de cette situation en offrant des prix très peu élevés aux producteurs. L’émergence de la téléphonie mobile est susceptible de modifier le pouvoir de négociation des producteurs de zone rurale car elle permet l’apparition de nouveaux systèmes d’information de marché (SIM).

Document de travail n° 141 | L’information sur les prix agricoles par la téléphonie mobile : le cas du Ghana

12/12/2014

Dans beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne, les petits producteurs sont souvent confrontés au choix de vendre leurs produits à des commerçants itinérants plutôt que de se rendre eux-mêmes sur le marché. En raison de l’isolement de certains villages en zone rurale et de la mauvaise qualité du réseau routier, les producteurs ont généralement une connaissance très incertaine des prix du marché et les commerçants peuvent profiter de cette situation en offrant des prix très peu élevés aux producteurs. L’émergence de la téléphonie mobile est susceptible de modifier le pouvoir de négociation des producteurs de zone rurale car elle permet l’apparition de nouveaux systèmes d’information de marché (SIM).

Ex Post n°58 | Agroécologie : évaluation de 15 ans d’actions d’accompagnement de l’AFD - Synthèse du rapport final

28/10/2014

Ce document présente la synthèse du rapport final de l’évaluation externe des quinze ans d’actions d’accompagnement de l’Agence Française de Développement (AFD) et du Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM) en matière d’agroécologie (en pratique, de semis sur couvert végétal, SCV), réalisée à la demande de l’AFD de juillet 2013 à mai 2014 par le Gret.

Septembre 2014 | Laurent LEVARD, Aurélie VOGEL, Christian CASTELLANET (Gret) et Didier PILLOT (Montpellier SupAgro)

Coordination : Constance CORBIER-BARTHAUX, AFD


 
 
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